Que faire pour aider les abeilles ?

Est arrivé sur mon écran un courriel d’Ingrid, de Pruillé-le-Chétif (Sarthe), qui me demande :

« Je voulais discuter avec vous de ce que je pourrais faire pour aider les abeilles à mon niveau. Je suis sensible quant à la disparition de nos chères abeilles, et si je pouvais faire quelque chose, ne serait-ce qu’une goutte dans l’océan, je le ferais ! »

Voici ma réponse :
Si la question est simple, la réponse ne l’est pas ! Ou plus exactement la mise en œuvre des solutions ne l’est pas.
Je m’explique :
La disparition progressive des abeilles est un phénomène avéré, reconnu de tous, depuis environ 20 ans et ce partout dans le monde. Tout le monde reconnaît que les causes sont multifactorielles.

Les activités humaines : Pesticides
Les scientifiques et les apiculteurs sont presque (ce n’est déjà plus l’unanimité) tous d’accord pour désigner les pesticides neurotoxiques comme les principaux responsables de cette catastrophe en cours. À mon avis, ils sont à l’origine d’au moins 80 % des pertes.

Ingrid pourrait donc tout simplement se dire :
1°) Je n’utilise pas de pesticide dans mon jardin (si elle a la chance d’en cultiver un).
Ça, c’est pas très compliqué.
2°) Je n’incite évidemment pas les autres à utiliser des pesticides, donc je délaisse l’agriculture raisonnée, et progressivement je ne consomme plus que des produits bios. Alors, on aura fait une bonne partie du chemin.
Ça, c’est déjà un peu moins simple, pour plusieurs raisons.
D’abord parce que se nourrir en bio implique de trouver des produits bios. Certes à Pruillé-le-Chétif, il y a un boulanger bio à « la Petite Péraudière », mais pour le reste ? Coup de chance : il y a une biocoop à coté de l’université du Maine tout près du terminus de tram, donc non loin de Pruillé-le-Chétif.
De plus, à Saint-Georges-du-bois, à Rouillon, à Allonnes, pour ne parler que des communes les plus proches de Pruillé, les petites comme les grandes enseignes commencent à distribuer des produits bios. Donc pour les Pruilléennes et Pruilléens, manger bio, c’est possible.

Reste que consommer bio c’est une façon un peu différente de se nourrir qui demande une petite adaptation, mais c’est très faisable. Je l’ai bien fait, progressivement, vous y arriverez aussi.
Voilà (en simplifiant) pour les pesticides.

Les activités humaines : Pollutions diverses
D’autres causes de la mortalité des abeilles existent. Elles sont même nombreuses.
Si les abeilles n’aiment pas les neurotoxiques, elles ne sont pas très friandes des diverses autres pollutions (automobile par exemple). Il faudrait donc limiter les transports de marchandises, surtout par la route. Donc consommer bio ET local (diable, ça se corse).

Les prédateurs naturels
Par ailleurs, les abeilles ont des prédateurs. Dont les frelons asiatiques sont les plus menaçants à l’heure actuelle. Le ministère de l’agriculture a beau avoir déclaré le frelon asiatique « nuisible », l’éradiquer n’est guère possible. On pourrait tout au plus limiter son expansion en signalant aux pompiers les nids que l’on peut découvrir. Encore faut-il reconnaître l’asiatique de l’européen…
… et que des moyens soient mis en œuvre pour détruire les nids, ce qui n’est absolument pas le cas. À partir de 2014 c’est au particulier de payer les interventions et ce uniquement dans un rayon de 80 mètres autour d’une habitation, autant dire une goutte d’eau, la bataille est déjà perdue.
(merci une nouvelle fois M. le Ministre d’avoir fait semblant !!).

Vous pouvez, Ingrid, installer des pièges à frelons au début du printemps, je crains que leur efficacité ne soit limitée, mais vous parliez de goutte d’eau dans l’océan…

Ce qu’elles aiment :
Si les abeilles détestent les pollutions, sur lesquelles vous pouvez influer à votre niveau, il y a des choses qu’elles adorent (ah, enfin du positif !).
Les abeilles aiment les fleurs (chic !), pas toutes bien sûr ;-( … En fait les fleurs qu’elles aiment sont celles que l’on tend à éliminer, comme les pissenlits, le trèfle… Trop souvent on veut une pelouse régulière, sans ces fleurs sauvages. On n’aime pas non plus les lierres qui grimpent dans les arbres, parce qu’on imagine qu’ils les étouffent. Or les fleurs du lierre sont une source importante de nourriture pour les abeilles en septembre octobre. Vous pouvez aussi planter ou semer dans votre jardin des fleurs plus particulièrement attractives pour les abeilles – ou les papillons… On en trouve chez les horticulteurs, sur les marchés, en jardinerie…

Les abeilles aiment l’eau comme tous les êtres vivants. Si vous avez dans votre jardin un coin très humide, voire un bassin, vous verrez sûrement des abeilles venir s’abreuver.

Les abeilles aiment les arbres et presque tous, contrairement à ce que l’on imagine. Les fleurs des arbres fruitiers bien sûr, mais aussi tous les autres car c’est sur les feuilles et sur les bourgeons qu’elles recueillent les substances leur permettant de fabriquer la propolis. Il leur faut donc une grande diversité de plantes. Par exemple : l’idéal pour une haie c’est qu’elle soit constituée de plusieurs espèces s’acceptant les unes les autres, adaptées au terrain, au climat… même si généralement on souhaite d’abord que l’ensemble fasse un écran suffisant été comme hiver. Rassurez-vous, les jardineries et paysagistes sont depuis quelques années parfaitement au point dans ce domaine et sauront vous conseiller pour trouver le juste équilibre.

Bref
Je pourrais écrire encore des pages sur le sujet ! Comme cet article est déjà bien long, je vous propose Ingrid, d’en parler de vive voix lors des portes ouvertes de Bienvenue à la ferme les 26 et 27 avril 2014 (mais attention à partir de 14h le dimanche il y a foule et je suis contraint d’écourter mes interventions).

Vous pouvez aussi venir en groupe pour une visite pédagogique.

À bientôt.

Michel Meunier, le 5 février 2014

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